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Débat linguistique: L’échec de Gauthier

By on décembre 20, 2011 in En Vedette with 9 Comments

par Chantal, AllHabs.net

MONTRÉAL, QC — La nomination de Randy Cunneyworth à titre d’entraîneur-chef du Canadien de Montréal n’a pas fait l’unanimité. Alors que peu de gens se sont demandé s’il était l’homme de la situation, la plupart se sont contentés de commenter le fait qu’il ne parle pas français. La honte!

Graham Hughes/Canadian Press

Et si Kirk Muller, que tout le monde adorait à Montréal, avait hérité du poste? Le geste aurait été applaudi. Il aurait mérité sa place, pas vrai? Le débat de la langue aurait peut-être eu lieu, mais Captain Kirk aurait jouit de beaucoup plus de support que Cunneyworth, c’est évident.

Si le CH ne donne pas la chance aux entraîneurs francophones, qui le fera?

Bien que le CH soit une belle porte d’entrée pour les entraîneurs québécois ou francophones dans la ligue, c’est faux de prétendre que si Montréal ne le fait pas, personne ne le fera. Steve Yzerman a donné sa chance à Guy Boucher. Les Jets de Winnipeg ont fait confiance à Pascal Vincent. Il y en aura d’autres. Dans la nouvelle LNH, on y va avec le meilleur disponible.

Et si Toronto engageait un entraîneur unilingue francophone?

C’est un argument pour les faibles. Le marché est complètement différent à Toronto, il n’y a pas de média francophone et une chambre de hockey, c’est un milieu anglophone. Un entraîneur strictement francophone ne serait donc même pas qualifié pour occuper ce poste. Je préfère de loin que mon entraîneur communique bien avec ses joueurs plutôt qu’avec les médias.

Vous laisseriez passer un Dan Bylsma ou un Mike Babcock sous prétexte qu’ils ne parlent pas français? Que le CH se contente du meilleur deuxième parce qu’il est bilingue explique peut-être pourquoi il n’a pas remporté de championnats en près de 20 ans.

Le CH se prive de gens talentueux, de bonnes têtes de hockey et de bons gestionnaires en s’imposant cette politique. Surtout à la position de DG, lui qui rencontre les médias quatre fois par année.

Il aura fallu que deux ou trois journalistes s’indignent pour qu’une partie de la population suive. Je suis par contre rassurée par la réaction de plusieurs partisans pour qui l’important, c’est la victoire, peu importe qui est à la barre du Canadien de Montréal.

Le CH est une entreprise privée dont le mandat est de remporter des victoires et être rentable dans la Ligue Nationale de Hockey. Êtes-vous vraiment insécure au point de vous sentir menacé par un entraîneur de hockey anglophone dans la métropole?  Si le CH est votre seule avenue pour définir votre identité à la langue française, c’est à repenser. Il faudrait aussi se rappeler que le CH n’a plus le pouvoir politique qu’il détenait autrefois.

C’est sans surprise que Réjean Tremblay a exprimé son mécontentement.

Les Canadiens de Montréal, c’est le sang et l’oxygène de toute une partie de la société québécoise. Le signal que la direction envoie en confiant la barre de l’équipe à Randy Cunneyworth, c’est qu’il n’y a aucun francophone – ni Michel Thérrien, ni Guy Carbonneau, ni personne dans la LHJMQ – qui peut accomplir le travail chez les Canadiens. C’est un profond mépris à l’endroit de plus de 80% de la population du Québec qui forme une société et une nation francophone.

On doit d’abord comprendre que Cunneyworth est là de façon intérimaire. On doit aussi se rappeler que Jacques Martin continue d’être grassement payé, en plus de sa prime de séparation évaluée à un millions de dollars. C’est une situation courante dans la LNH de confier les règnes à l’adjoint à court terme; on fait confiance à quelqu’un déjà dans l’organisation, qui connait les joueurs, un net avantage en pleine saison. De plus, je doute fortement que Mr. Molson ait laissé carte blanche à Pierre Gauthier pour cette embauche temporaire, ne serait-ce que pour des raisons financières.

Bien que Mr. Tremblay se plaise à dire que nous formons une société, voire une nation francophone, cette dite nation est pour la plupart bilingue de nos jours. La planète est rendue tellement petite, et l’anglais est la langue qui sert à tous. Pour les autres, les journalistes vous traduiront les propos de l’entraineur, comme ils le font déjà pour la plupart des joueurs. Tout le monde réalise qu’on parle d’un Club de Hockey, n’est-ce pas ? En quoi doivent-ils, en 2011, être les porteurs de drapeaux et grands défenseurs de la langue française? On pousse une rondelle avec un bâton et ce faisant, on doit faire la promotion du français?

Pour ce qui est du mépris, c’est le produit que le CH nous présente et tente de nous vendre que je trouve méprisant. Le Canadien est une petite équipe, bien ordinaire. Ils entreront en séries par la porte de derrière et le printemps sera court. Nous sommes tous des partisans, mais à un moment donné, il faut aussi être réaliste. Lorsque Geoff Molson me dit que cette équipe peut aspirer à la Coupe Stanley, je me sens insultée. Il est là, le mépris.

La Presse

 

Geoff Molson a pris le pouls des amateurs en laissant Pierre Gauthier nommé Randy Cunneyworth entraîneur-chef par intérim. À mes yeux, ça signifie deux choses : Molson a déjà décidé que c’était la dernière décision prise par Gauthier, et il commence à repenser sa politique au niveau de la langue.

Deux bonnes nouvelles, non?

Que cette nomination soit perçue et décrite par certains médias comme un affront aux fans francophones est un autre bel exemple d’un malaise déplacé.

Je suis francophone. Le français est ma langue maternelle, et j’y tiens. Mais je ne mènerai pas le combat de la langue au septième étage du Centre Bell, ni derrière son banc. Personne ne débourse 150$ le billet pour entendre le discours de l’entraîneur. Ce que je veux pour mon argent, c’est un bon spectacle, et la victoire. C’est ainsi que se développera mon sentiment d’appartenance, pas à travers le point de presse quotidien du coach.

Geoff Molson :

Notre responsabilité envers nos partisans et nos partenaires est de leur offrir une équipe gagnante et nous croyons que cet ajustement va contribuer à l’amélioration des performances du club cette année. Il s’agit d’un changement pour remédier immédiatement à la situation.

Pendant qu’on se chicane ici, la presse nationale pose les vraies questions : Cunneyworth était-il le meilleur disponible? Plus important encore, est-ce que le CH a congédié le bon homme? Est-ce que l’équipe est meilleure aujourd’hui?

Alors que Randy Cunneyworth subit – injustement il va sans dire – les foudres des amateurs, où sont les critiques envers Pierre Gauthier? Il est l’artisan de tout ce désastre. Ce que le CH vit aujourd’hui, c’est une bête conséquence de toutes les mauvaises décisions prises dans les dernières années par Monsieur Gauthier.

Mario Langlois :

Au plan hockey, Randy Cunneyworth possède sans aucun doute les compétences requises pour obtenir sa chance de diriger une équipe de la LNH, mais le pauvre diable vient d’être placé dans une situation dans laquelle il n’a à peu près aucune chance de sortir gagnant sinon d’espérer un autre improbable printemps à la Halak si l’intérim s’étire vraiment jusque-là. Et même là, un scénario aussi invraisemblable ne ferait que retarder l’essentiel : l’imminent et incontournable coup de barre que Geoff Molson doit donner sans plus tarder. Les jeux de cache-cache avec la blessure de Markov, le climat de paranoïa dans lequel baigne tous les employés de l’organisation qui ont le malheur d’être vus à proximité d’un membre des médias et ce détachement peu commun de Pierre Gauthier à l’endroit des anciens Canadiens a assez duré. J’en ai soupé de cette culture de losers importée d’Ottawa…

Ça, c’est pourquoi Gauthier a imposé Cunneyworth et Ladouceur à Jacques Martin en début d’année. C’est aussi pourquoi Perry Pearn a perdu son emploi. Et au final, c’est exactement pourquoi Randy Cunneyworth est là. Le Directeur-Général maintient la culture du cercle fermé de la LNH, en offrant des emplois stratégiques à des gens en qui il a confiance, avec qui il a déjà travaillé, ou encore à des amis. Ce n’est rien de nouveau à travers la ligue, mais si au moins ces gens arrivaient avec un bagage empreint de succès, ou s’ils parvenaient de la grande famille du CH, ces décisions seraient peut-être moins contestées. Mais ce n’est pas le cas.

André Pichette/La Presse

L’autre question que l’on doit se poser est que fait Larry Carrière derrière le banc? Larry est un gestionnaire. Il n’a aucune expérience dans un poste comme celui-là. C’est une autre belle démonstration que Pierre Gauthier doit absolument avoir le contrôle sur tout. Larry, ce sont ses yeux et ses oreilles dans le vestiaire.

J’applaudis le geste que Geoff Molson a posé en fin de semaine en autorisant ce changement. Je regrette le débat qu’il a suscité dans un Québec encore une fois en pleine crise identitaire. Plus que tout, je me réjouis du fait que tout ceci mènera éventuellement à la déchéance de Monsieur Gauthier.

 

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  1. Les Saints-Martyrs-Canadiens | All Habs | décembre 22, 2011
  1. Sara A. dit :

    Chantal,tu m’enlèves les mots de la bouche! Chapeau pour cet article rempli de vérité 🙂

  2. SimonServant dit :

    Tout d’abord, quel excellent billet, probablement dans mon top 3 de tout ce que j’ai lu depuis samedi.

    Je reconnais qu’on voit les choses de la même façon et comme tu l’as mentionné pour mon billet, je n’ai rien à rajouter de plus.

    Je n’ai vraiment pas besoin d’avoir un entraîneur francophone à la barre du CH et je considère que le débat linguistique ne sert qu’aux politiciens et à quelques personnes qui veulent défendre leurs idéologies politiques.

    Quelqu’un qui connaît mes allégeances politiques comprendra rapidement à quel point le français et le Québec est important pour moi mais on parle de hockey ici et je suis capable de faire la distinction.

    Quand même ironique que ceux qui me traitent de sans dessein et le traître me le disent dans un français plutôt exécrable…

    Encore un superbe boulot.

  3. Habsterix dit :

    Bravo Chantal, bien dit. Malheureusement, ce sont des opportunistes qui profitent de l’occasion pour pousser leur agenda politique et certains d’entre eux sont des figures publiques, incluant des membres des médias. Dans le fond, ils le savent qu’il s’agissait d’une bonne décision hockey.

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