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Le CH : victime de sa réputation?

By on mai 9, 2012 in En Vedette with 10 Comments

par Simon Servant, AllHabs.net

ST-EUSTACHE, QC — Ça fait maintenant plusieurs jours que le Canadien de Montréal a annoncé l’embauche de Marc Bergevin à titre de 17e directeur-général de l’organisation et je voulais laisser la poussière retomber avant de me lancer dans les analyses. Parce que Dieu sait qu’il y a beaucoup de choses à analyser.

Avec sa nomination, l’ancien des Blackhawks, du Lightning et des Blues, notamment, devient donc le nouveau maître à bord en remplacement de Pierre Gauthier et il aura fort à faire pour redresser cette équipe qui, depuis plus de 30 ans, peine à retrouver sa tradition glorieuse et sa réputation de gagnante.

Les succès du passé… Et si c’était ça le problème?

Victime de sa réputation??

M. Molson a eu beau nous répéter des dizaines de fois qu’il souhaitait faire revivre la tradition gagnante de l’organisation – comme il l’a fait lors de la conférence de presse entourant le congédiement de Pierre Gauthier – il y a un fait qui demeure : le hockey ne ressemble en rien à ce que nos ancêtres ont vu il y a de ça 40 ou 50 ans.

Photo SI Vault

Pour moi, plus on fait un parallèle avec cette époque glorieuse, plus on met la barre haute et plus les succès doivent arriver, et vite. Je crois que c’est justement cette réputation du tricolore qui lui nuit plus qu’autre chose, car c’est bien beau vouloir recréer le passé et copier les vieilles recettes gagnantes d’antan, mais on semble oublier que même avec toute cette belle volonté, c’est maintenant chose du passé et il sera quasi-impossible de recréer ces fameuses dynasties.

La prochaine saison en est une très déterminante pour le nouveau directeur-général, ses adjoints ainsi que son nouvel entraîneur-chef, mais j’ai l’impression qu’on leur complique déjà la tâche en raison des exigences du marché montréalais. Exigences provenant directement de cette réputation. À peine installé dans son bureau, Marc Bergevin doit déjà remettre dans le droit chemin une équipe qui a fini bonne dernière dans l’association de l’est la saison passée, et qui a peiné à trouver du positif dans celle-ci.

Bienvenue et bonne chance, comme dirait l’autre.

Composer avec une nouvelle réalité

La réalité de la LNH est aux antipodes de ce qu’elle était il y a de ça plusieurs décennies. Au niveau du talent, le Québec était un très grand berceau et le bleu-blanc-rouge bénéficiait beaucoup de l’apport de ces joueurs, ayant même un avantage sur les autres équipes en ce qui à trait à la sélection des joueurs canadiens-français.

Aussi, il ne faut pas oublier que pendant les grandes dynasties, il n’y avait que six équipes, limitant du même coup les équipes compétitives à trois ou quatre. Le nombre a par la suite augmenté à 12, mais de la façon dont les divisions étaient faites, les équipes d’expansions étaient rassemblées, favorisant les mêmes trois ou quatre équipes. Maintenant qu’il y en a 30, la parité est tellement de mise que les champions en titre ont toutes les difficultés du monde à remporter deux Coupes Stanley consécutives.

De nos jours, il y a une autre réalité avec laquelle la direction doit composer et c’est le cap salarial ainsi que toutes les difficultés techniques entourant celui-ci. Les joueurs sont des entreprises et avec l’âge diminué pour l’autonomie complète, l’argent fait plus souvent le bonheur que la loyauté. Sans oublier le fait que le hockey est devenu international. Les mentalités sont différentes, les priorités aussi et il y a plusieurs facteurs à considérer lorsqu’il est temps de bâtir une équipe compétitive année après année.

Pour ce faire, il faut parfois prendre des risques, imposer notre mentalité, « think outside the box » comme disent les anglophones. À Montréal, c’est rarement ce que l’on voit et la vieille mentalité revient rapidement au galop. Pas de reconstruction chez la Sainte-Flanelle, ça on le sait et c’est un terme qui n’existe pas dans le vocabulaire des occupants du septième étage.

Pourtant, c’est ce qu’ont fait plusieurs équipes. Mais à Montréal, ça serait mal vu de finir dans les bas fonds pendant deux ou trois ans, qu’est-ce qu’on dirait à nos petits-enfants? On préfère salir 15 ans à finir huitième que d’en « gaspiller » deux afin de mieux remonter. Mais si la tradition le dit… On aime beaucoup parler du modèle des Red Wings et dire qu’on pourrait le copier – et je suis d’accord – mais c’est probablement la seule équipe à avoir bravé vents et marrées depuis 20 ans. Si c’était si facile, il y aurait quelques équipes semblables non?

Le fait francophone refait encore surface

Quand ce fut le temps de faire son choix pour le directeur-général du Canadien, M. Molson et son conseiller Serge Savard avaient une liste longue comme le bras, mais une « qualité » faisait souvent surface : le bilinguisme.

On aura beau m’enfoncer le fait francophone dans la gorge à coup de boycotts et de manifestations, je ne vois pas en quoi être bilingue, dans la LNH, donne un avantage sur les autres. Le hockey est un sport anglophone, les francophones communiquent avec les autres en anglais et signent des contrats en anglais.

Je suis entièrement d’avis pour dire que le marché est différent de tout ce qui se fait à travers la ligue, mais le but premier demeure de remporter la Coupe Stanley. Encore un cas où on nous ramène les bonnes vieilles histoires du passé et à quel point le tricolore avait la réputation d’être le porte-étendard des francophones et de la rébellion contre les méchants anglais. Je n’en reviens tout simplement de voir que certains se servent encore du CH pour égailler la fibre politique et patriotique des partisans. Le Canadien possède des partisans à travers le monde entier et ces derniers s’identifient à ce qui se fait sur la glace, aux joueurs qui se donnent corps et âme. Que ce soit Mathieu Darche, P.K Subban ou Alexei Emelin.

Photo Ivanoh Demers, La Presse

Et là, Marc Bergevin sera appelé à choisir un nouvel entraîneur pour son équipe et devrait avoir comme obligation d’en choisir un bilingue. Le bleu-blanc-rouge a toujours eu la réputation de donner la chance à des entraîneurs francophones de prendre de l’expérience dans la LNH, mais on semble oublier qu’on envoie, dans le marché le plus demandant de la ligue, des entraîneurs qui n’ont jamais dirigé dans la grande ligue. On suppose qu’ils feront l’affaire puisqu’ils ont si bien fait dans la LHJMQ. Où est-ce écrit qu’il faut absolument servir de tremplin aux instructeurs de cette ligue? Est-ce que les Mario Tremblay, Alain Vigneault, Michel Therrien, Claude Julien et Guy Carbonneau nous ont ramené le Saint-Graal??

C’est une roue qui tourne, mais pourquoi ne pas sortir des sentiers battus? Je trouve qu’on passe à côté de plusieurs bons pilotes anglophones comme Craig MacTavish, qui a mené une équipe dépourvue de grandes vedettes à un match de remporter les grands honneurs, en 2006, ou Paul Maurice, qui de son côté a été l’artisan des succès des Hurricanes alors que c’était une petite équipe (finale de la Coupe Stanley en 2002 et finale de conférence en 2009) en plus d’ajouter que les Leafs sont passés à un point de faire les séries avec lui, en 2007.

De plus, s’ils étaient disponibles, cracherait-on sur Mike Babcock (probablement le meilleur entraîneur de la ligue) ou Joel Quenneville (plus de 600 victoires dans la LNH, gagnant de la Coupe Stanley et du trophée Jack Adams)?

Ça fonctionne aussi pour les agents libres, à partir du premier juillet. Le CH se fait reprocher qu’il n’y a pas assez de Québécois dans l’équipe – parce qu’on associe bien évidemment les succès du passé aux « Flying Frenchmen » – alors les médias et les partisans s’enflamment à chaque opportunité d’en ajouter un. Le nom qui me vient rapidement en tête est Pierre-Alexandre Parenteau. Je n’ai rien contre le joueur, mais est-ce que l’intérêt serait le même s’il s’appelait Teddy Purcell? Aurait-il la même valeur aux yeux des partisans? Pourtant, on parle de deux joueurs semblables dans leur style de jeu. Même que Purcell a un plus gros gabarit.

La patience est une vertu

Comme c’est aussi la tradition, chez le Canadien, il faut être patient avec les jeunes de moins de 21 ans. Ces derniers doivent faire leurs classes, peu importe leur rang de repêchage et peu importe s’ils sont plus talentueux que d’autres. Il y a une certaine mentalité hiérarchique qui est dure à casser, chez le tricolore. Qui est le dernier joueur d’âge junior à avoir eu un certain impact sur l’équipe??

On préfère favoriser les Andreas Engqvist de ce monde que de donner un essai à un jeune comme Brendan Gallagher, qui avait connu un bon camp. Lui donner sept ou huit matchs, ça engage à quoi? La direction préfère être patiente à ce niveau, mais pourrait faire face à un beau casse-tête, cet été. Avec le troisième choix au total, les partisans vont s’attendre à ce que le joueur repêché ait un impact rapidement. Est-ce qu’on va finalement donner la chance à un jeune de 18 ou 19 ans de se faire valoir sur les deux premiers trios??

Les partisans du Canadien sont reconnus pour être impatients, ils veulent voir l’équipe gagner et faire les séries, et après 19 ans sans Coupe Stanley, on peut les comprendre. Ces derniers n’ont eu que quelques apparitions au deuxième tour et une apparition en finale de conférence à se mettre sous la dent.

On peut commencer à se demander s’il n’y a pas une sorte de malédiction entourant cette équipe ou si elle redeviendra, un jour, la puissance qu’elle a toujours été. Parce qu’il ne faut pas se conter d’histoires, le tricolore nous a habitué à des succès beaucoup plus réguliers, par le passé.

Toutefois, je ne suis pas né en 1929 et je n’ai pas vécu ces périodes mémorables de l’histoire de la concession, je ne peux pas forcer les Jean Béliveau, Guy Lafleur, Maurice Richard ou autres légendes à enfiler les patins et, bien franchement, je ne le souhaite pas. C’est à l’organisation actuelle d’écrire sa propre histoire et faire en sorte qu’on se souvienne d’elle au même titre que les grandes du passé. C’est à elle de s’approprier une mentalité adéquate au hockey qui se joue présentement, au 21e siècle. C’est le temps de parler au présent et au futur, et non au passé…

Merci de votre lecture.

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About the Author

About the Author: Étudiant en communication à l'Université de Montréal, Simon est un passionné de sports qui rêve de devenir journaliste sportif. Souvent reconnu pour ses opinions tranchées, il peut aussi faire preuve de logique et d'objectivité. Maniaque de hockey, il a toujours son mot à dire sur son équipe favorite : Les Canadiens de Montréal et n'hésite pas pour analyser ce qui se passe dans l'équipe. De plus, Simon est aussi journaliste accrédité à la couverture de l'Armada de Blainville-Boisbriand, dans la LHJMQ // Communications student at the University of Montreal, Simon is passionate about every sport and dreams of becoming a sports journalist one day. Often known for his strong opinions, he can also be logical and objective. Hockey maniac, he always has something to say about his favorite team : The Montreal Canadiens and doesn't hesitate to analyze what's happening with the team. Also, Simon is covering as a journalist the Blainville-Boisbriand Armada team in the QMJHL. .

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  1. La saison “morte” de Marc Bergevin | All Habs Hockey Magazine | juin 8, 2012
  1. ivanoff dit :

    Merci pour ce bel article !
    Enfin un article réaliste dirions nous depuis la France ! Car c’est tellement incompréhensible ici de voir ce club naviguer n’importe comment depuis des années…
    On trouve tellement qu’une reconstruction est logique et la plus efficace. Le comportement de la direction mais surtout des partisans est bizarre vu de France. Nous sommes des fans des Habs mais bien sur nous ne sommes pas dans le contexte du Quebec.

  2. Chantal dit :

    Excellent texte.

    Je comprends très bien la position du CH à l’égard du fait francophone dans le choix de ses dirigeants, et même à la limite de ses joueurs. Je comprends le respect qu’ils ont pour leur marché immédiat, après tout, j’en fais partie.

    Ceci dit, adhérer coûte que coûte à cette politique de la langue prive le Canadien de très bons hommes de hockey et c’est dommage.

    Comme je dis toujours, je m’identifierai à une équipe compétitive (dans le contexte actuel, comme tu dis, les dynasties c’est terminé), peu importe qui forme ou dirige cette équipe.

  3. HABraCHadabra dit :

    Cet article fait écho à quelques idées fréquemment véhiculées concernant le Canadien et ses politiques vieillottes. Tout bien écrit et réfléchi soit-il, il me fait néanmoins sérieusement sourciller, et ce pour 2 raisons principales.

    1) L’idée que « visiter les bas-fonds pour 2 ou 3 ans » (si tant est qu’on puisse le faire intentionnellement) se veut un gage de succès est un poncif que démentent les performances admirables des Blue Jackets, des défunts Thrashers, des Maple Leafs et autres Islanders, voire des Oilers (qui n’en finissent plus de réaliser leur potentiel – combien de 1er choix leur faut-il?). Le Canadien stagne parce qu’il gaspille allègrement ses atouts (disposant de bons choix de repêchage, laissant aller des agents libres acquis à prix fort), pas parce qu’il ne repêche pas efficacement ou qu’il se classe trop haut.

    2) L’idée que le fait français condamne le Canadien à la médiocrité ne tient la route que si elle est vraie (l’interview de Jim Nill et le flirt avec Ron Hextall (!) semble démontrer le contraire), et si l’on peut démontrer que des candidats d’élite sont nécessairement ignorés. Le CH n’approche pas Babcock et Quenneville (ou Bylsma, ou Ruff, ou Tippett) parce que ceux-ci ne sont pas libres, pas parce qu’ils sont unilingues.

    Toutefois, il faut saluer ici le courage de l’auteur, qui ne s’en tient pas comme plusieurs au populaire argument hypothétique à la Babcock, mais y va de suggestions quant à des candidats qui lui semblent injustement ignorés. Je ne partage toutefois pas son enthousiasme à l’égard de MacTavish et Maurice, qui ne sont certainement pas des Babcock.

    En 15 saisons, Maurice, qui a maintenu une moyenne de .500, a manqué les séries 11 fois (les « succès des Hurricanes »?), et c’est Peter Laviolette qui a mené cette équipe à la Coupe (à l’instar des marrons que Dan Bylsma a tirés d’un feu attisé par un certain Michel Therrien?). Maurice est désormais analyste télé (comme l’était Laviolette)… et Michel Therrien, qu’on dénigre pourtant abondamment! Je vois d’ici le ridicule que s’attirerait un candidat francophone avec un tel palmarès.

    MacTavish a a manqué les séries 5 des 8 années qu’il a passées à la barre des Oilers, une équipe qui, lorsqu’elle a perdu (face aux Hurricanes, justement), comptait quand même, à défaut de « vedettes », Ales Hemsky, Ryan Smyth, un Dwayne Roloson pré-quarantaine… et un certain Chris Pronger (en plus de Matt Greene et Jarrett Stoll, qui pourraient gagner cette année!).

    Comme Maurice, MacTavish est un entraîneur de carrière compétent… mais il est de la vieille école, reproche souvent addressé à un Therrien ou à Bob Hartley (qui, lui, a gagné la Coupe Stanley… mais c’est la faute de son équipe, bien sûr). Peut-être se révéleraient-ils des hommes providentiels, mais il faut reconnaître qu’à l’examen de leur CV, ce ne sont pas des perles dont le CH se détourne à son détriment… et ils ne représentent certainement pas un vent de nouveauté ou de fraîcheur.

    Ils ne répondent pas non plus au critère qui devrait primer en matière de sélection des figures de proue de l’organisation: « Ratisser le plus large possible à la recherche de personnel valable, et sélectionner le meilleur homme (et bientôt, peut-être, la meilleure femme) capable de s’exprimer en français, à moins qu’un candidat manifestement supérieur ne soit disponible ».

    P.S. Tant qu’à engager absolument un « unilingue », je verrais plutôt Bergevin se tourner vers de jeunes loups de la AHL comme Dallas Eakins ou Jon Cooper. Et si l’on veut « sortir de la boîte », pourquoi ne pas courtiser Slava Bykov, dont le français est impeccable… mais qui baragouine mal l’anglais! Le visage de Don Cherry prendrait sans nul doute un motif semblable à celui d’un de ses vestons!

  4. Et le buuuuut!!!!! dit :

    Non le CH n’a pas besoin d’une reconstruction, il a besoin de rénovation. Non le CH n’a pas besoin d’un DG unilingue, il a besoin d’un bon homme de hockey qui peu s’exprimer aussi en français. Non le CH n’a pas besoin d’un entraîneur chef unilingue, il a besoin d’un bon entraîneur qui peu s’exprimer aussi en français.
    Maintenant, nous avons des québécois plus que compétents pour le poste de DG alors pourquoi ne pas choisir un québécois francophone qui peut aussi s’exprimer en anglais (et c’est ce que M. Molson a fait). Nous avons aussi des québécois plus que compétents pour le poste d’entraîneur chef et pourquoi ne pas choisir un québécois francophone qui peut aussi s’exprimer en anglais (et c’est, je crois, ce que M. Molson fera).
    Pour ce qui est des joueurs, je ne dis pas que nous ne devrions pas avoir de joueurs canadiens unilingues anglais, de joueurs américains ou russes ou tchec. ou allemands ou etc… etc… etc…, non, nous devons avoir le meilleur mais cependant, je dis qu’à talent égal le CH se doit et je répète, se doit de choisir le québécois francophone qui peut aussi s’exprimer en anglais car le CH doit s’identifier au peuple québécois francophone qui lui s’identifie au CH et ce pour des raisons que seul le québécois francophone de souche comprend.

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