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Le hockey, à la croisée des chemins : pour l’honneur du jeu

traduit du texte original Hockey at a Crossroads — Honoring the Game

Dans la foulée du coup décerné à Max Pacioretty par Zdeno Chara, les voix modérées me semblent perdues dans des échanges parfois haineux entre les deux bases partisanes rivales. Si on peut le dire ainsi, les extrémistes ont l’air de dominer toute la discussion.

Les railleries des partisans des Bruins ont eu tôt fait de revêtir des tons faisant allusion aux différences ethniques, linguistiques, jusqu’à prendre une forme chauviniste. Des images « photoshoppées » de Chara, dérangeantes ou à tout le moins au goût douteux, ont été partagées par des partisans du CH autant sur les réseaux sociaux que sur des sites web à haute fréquentation. Pacioretty lui-même n’a pas été épargné. Récemment embarqué dans la twittosphère, on lui a même adressé des « tweets » outrageux.

Je suis persuadé que Gary Bettman sourit intérieurement, face au déploiement de tout cet arsenal visant à s’attaquer les uns aux autres, plutôt qu’à se concentrer sur le problème à la base.

Je connais des gens qui sont de « l’autre bord ». Doug et Sarah sont tout ce qu’on attend d’amis : des adeptes de hockey, brillants, drôles et connaissants. Par contre, ils sont aussi ce que nos amis ne sauraient être : des partisans des Bruins.

Pourtant, nous nous en sortons assez bien. Probablement parce que nous trois avons réalisé que ce ne sont pas tous les partisans des équipes adverses qui sont des néandertaliens. Enfin, la plupart ne le sont pas.

J’éprouve aussi un certain respect pour des rédacteurs dans la contrée du noir, or et blanc – malheureusement, aucun de ceux-ci n’appartient aux médias traditionnels. Une de ces blogueuses que j’admire grandement : CJ Sheppard.

CJ est une passionnée des Bruins depuis son berceau, pratiquement. Sa mémoire la plus lointaine met en vedette Johnny Bucyk soulevant la Coupe Stanley. (Oui, des fans des Bruins qui se souviennent de leur dernière conquête de la Coupe, ça existe!) Sans surprise, les joueurs des Bruins alimentent sa liste de hockeyeurs préférés. Toutefois, un certain joueur portant le numéro 13 des Canadiens, Mike Cammalleri y figure aussi.

J’ai donc demandé à CJ de contribuer à un projet visant à rapprocher les bases partisanes rivales, à reprendre le contrôle de la discussion. On s’entendra ici que le but n’est pas d’en arriver à se dire que tout le monde il est beau tout le monde il est gentil – nous ne nous entendons certes pas sur tous les sujets. Mais nous pouvons nous trouver des points communs et pour suivre le débat en respectant tous les points de vue.

Je vous invite donc à jeter un œil sur ce texte de CJ – applaudissez ce qui vous plait, vous pouvez relancer si des points vous font tiquer, mais s’il vous plaît,  faites-le civilement.

Rick Stephens

par CJ Shepard, contribution spéciale pour AllHabs.net

Image by Bettmann/CORBIS

NEW YORK , N.Y. – Comme la poussière retombe encore une fois, dans une suite sans fin d’épisodes embarrassants au long de cette présente saison de la LNH, les regards de partisans inquiets se fixent sur l’avenir du sport que nous aimons. Les quartiers généraux de la LNH n’ont jamais été accusés de cohérence, ni d’avoir pris position lorsque la nature même de ce sport était aussi précieuse que les sacrifices concédés pour sa mise en marché. Les efforts déployés par la LNH dans son ambition de progresser et de vendre le sport à des niveaux comparables à ceux du NASCAR ou encore à la popularité croissante des arts martiaux mixtes (MMA) se traduisent peu subtilement par des nouveautés telles les tirs de barrage, la Classique hivernale et le Guardian Project. Pendant que certains partisans ont l’impression que ces innovations font du tort irrémédiable au sport, ce sont des changements plus subtils qui sont davantage alarmants. Il y a quelques saisons, le bras long réglementaire de la LNH a saisi Sean Avery par le collet et lui a imposé une suspension de longueur indéterminée pour des « commentaires publics inappropriés », puis, cette année c’est James Wisniewski qui a écopé pour « geste grossier ». La LNH ne doit pas être au fait de ce qui se passe dans les classes maternelles et primaires, parce que ces « menaces » qu’elle perçoit à son endroit et à sa réputation ne sont rien de plus que l’équivalent de disputes de cours d’école. Ainsi, pendant que les dirigeants de la LNH sont accusés d’être indulgents vis-à-vis les crimes commis, la question à poser serait de déterminer quelle est la responsabilité première de la ligue, réglementer le sport, protéger l’image de celui-ci ou encore protéger l’intégrité du hockey.

Les partisans, eux, voient généralement les choses en noir et blanc. Leurs joueurs ne font rien de mal et tous les torts causés à leur équipe sont des crimes envers l’humanité. Toutefois, il y a un nombre croissant de partisans qui se font de plus en plus entendre et qui sont, avec raison, plus inquiets de ce qu’est en train de devenir sous leurs yeux, le meilleur et le plus robuste des sports qui peuvent exister. Depuis les premiers temps où les joueurs ont pu lacer leurs patins, ceux-ci ont fait preuve de respect entre eux, même si les partisans se questionnent sur la chose. Jusqu’à récemment, il y avait un code, une loi non écrite dictant aux joueurs partageant la glace de se respecter les uns les autres et de respecter l’intégrité du jeu. Ce code a été mis en application par les joueurs eux-mêmes, et jusqu’à ce que la pénalité d’instigateur soit mise en place, il y avait cette compréhension innée que les actions venant à l’encontre de ce code imposaient au contrevenant d’assumer ses responsabilités. Ce sentiment d’honneur et de respect entre joueurs s’illustre le mieux, quand à la fin d’une ronde éliminatoire, les hommes s’enlignent en file au centre de la glace afin d’aller serrer la main à leurs rivaux. Ce geste, aussi insignifiant peut-il paraître, rend contre du respect partagé pour l’effort, les sacrifices physiques consacrés à la quête du trophée le plus prestigieux du sport professionnel.

En tant que partisans, on démonise ou l’on déifie les joueurs : Chara est un monstre qui devrait être emprisonné, Pacioretty est une innocente victime; les deux positions sont extrêmes, et aucune n’est juste. Chara n’est pas un joueur réputé pour sa grande robustesse au hockey, en fait plusieurs partisans de Boston le critiquent pour perdre la plupart de ses batailles le long des rampes, plus que les autres joueurs des Bruins, parce qu’il n’utilise pas sa stature imposante et sa force physique qui est pourtant un atout. À mon avis, Chara a manqué de respect pour la position vulnérable dans laquelle Pacioretty était alors que les deux s’approchaient du poteau adjacent au banc des joueurs, et il a tenté de le sortir du jeu. Chara était battu sur celui-ci, et il a commis une erreur. Comme le disait Winiewski, « Plusieurs gestes sur la glace sont regrettables », et s’il y avait davantage de respect entre les joueurs il est encore POSSIBLE que Chara ait pu frapper Pacioretty, mais la mesure dans laquelle il aurait terminé sa mise en échec aurait pu prévenir une blessure sérieuse, mais peut-être que non aussi. Toutefois, la fréquence à laquelle ces incidents se répètent est certainement une cause de préoccupation. Par ailleurs, Pacioretty n’a pas une fiche vierge. Son coup asséné à Mark Eaton des Islanders, alors que celui-ci était face à la rampe, était à la fois dangereux et négligent. Eaton a été chanceux de ne pas en être sorti blessé sérieusement. L’incident Chara-Pacioretty n’était pas, non plus, le premier incident du genre où l’un des joueurs heurtait le poteau. Non plus le dernier, car ce même 8 mars, Ben Lovejoy a mis en échec Tyler Innis sur la même structure, ainsi que le 12 mars où Drew Doughty a frappé le poteau sur une mise en échec de RJ Umberger. Si vous en faisiez la recherche, il est fort possible que vous trouviez que ça arrive plus souvent qu’on ne le croit. En ce qui me concerne, ceci n’est pas l’histoire de l’incident Chara, ou des autres qui ont eu lieu cette dernière semaine : c’est la vitesse à laquelle le respect semble se défiler dans la manière avec laquelle le sport est joué. Il y a de plus en plus d’occurrences de jambettes, vues comme étant un des gestes les plus couillons au hockey, de coups à la tête dans le dos ou à angles morts, et puis il y a les plongeons. Darren Pang rapportait pendant une récente diffusion de match que les joueurs « vendent » leur innocence, plaident leurs causes devant les arbitres; où est le code d’honneur là-dedans? Oui, les plongeurs ont toujours existé. Comme dans le cas des joueurs de football de l’équipe nationale d’Italie, il y a un consensus de dégoût envers ces tactiques déshonorantes visant à se voir accorder des avantages non mérités. Pourtant, le plongeon au hockey est assez apparenté à cet élément du jeu néfaste qui a infiltré le hockey et qui menace d’en ternir la réputation de manière irréversible.

Y a-t-il toujours eu des moments qui ont laissé les partisans perplexes, leur ont donné la nausée et qui les ont fait prier les dieux du hockey pour une manifestation quelconque de « karma »? Oui, et il y aura toujours de ces instants terrifiants dans un match aussi rapide, physique et truffé de tous les périls associés aux objets en mouvement et aux autres stationnaires. Par contre, le sport, les joueurs et leurs partisans seraient tous mieux servis si l’on reconnaissait que cette facette du respect mutuel est en train de filer sous nos doigts. Aucune équipe, aucun joueur ne sont parfaits; et tant qu’il y a eu du hockey joué dans la LNH il y a eu des moments embarrassants pour un joueur, une équipe et ses partisans. Je ne peux croire que les partisans du Canadien étaient fiers de Chris Chelios et son coup porté à Brian Propp, dans les séries de ’88-89 contre les Flyers; autant que je serais fort surprise d’apprendre que des adeptes de hockey s’en soient réjouis. De la même façon, il y a des fans des Bruins qui n’ont pas seulement été dégoûtés par le coup imprudent de Chara, mais il y en a qui croient qu’il s’agissait d’un « jeu de hockey » qui a bien mal tourné. Ne vous méprenez pas, le tapage généré par les partisans du CH n’aurait eu d’égal que celui des partisans des Bruins si David Krejci avait été poussé sur le poteau par Hall Gill, un joueur respecté à travers la ligue comme Chara l’est par plusieurs. La polarisation et les réactions de la masse critique en provenance de chaque clan sont suffisantes pour déclencher nombre de signaux d’alerte : le jeu que les adeptes aiment se joue sur une glace mince.

Les joueurs veulent vivre de leur sport sans mettre leur propre vie en péril à chaque présence sur la glace; les propriétaires peinent à écrire les règles qui vont protéger la facette « talent » du jeu tout en préservant cette atmosphère de robustesse qui est propre à la nature du sport; les partisans veulent aussi être divertis. Pendant que les bonzes de la ligue errent sans résolution, sans direction ou objectif précis visant à protéger les joueurs ou l’image de marque de la ligue, les cirques médiatiques tournent comme requins autour du sang dans l’eau, attendant le prochain cafouillage. Les partisans prêtent serment d’allégeance à leurs équipes, munis d’oeillères jusqu’à ce que ce soit l’un des leurs qui devienne la proie des requins ou poursuivi par ces derniers de par le fond de la mer. Ça ne sert personne de jouer la sourde oreille ou de se bander les yeux face au manque de respect visible entre les joueurs d’aujourd’hui. Il n’est non plus raisonnable de présumer que quiconque, mis à part les joueurs eux-mêmes, est en mesure de renverser la vapeur. Quand, à la fin de la dernière Classique hivernale, les joueurs des Penguins et des Capitals n’ont même pas été capables de se serrer la main, il devient évident que les joueurs doivent faire un examen de conscience.

Aujourd’hui, le hockey est à la croisée des chemins, et pendant que les propriétaires vont se rencontrer et probablement vont esquisser une autre forme du Règlement 48 afin de nettoyer le sport, les joueurs sont ceux qui ont le pouvoir de redonner sa respectabilité au sport, avant que quelqu’un ne paie pour sa vie.

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About the Author: Rick is the Editor-in-Chief, lead contributor, and owner of the All Habs network of websites. His mission is to build a community of Canadiens fans who are informed, engaged and connected. He is the vision behind all four sites within the network - All Habs, Habs Tweetup, We Are Canadiens, and The Montreal Forum - and is responsible for the design and layout of each. In concert with the strong belief that "Habs fans are everywhere!", Rick is pleased that people use All Habs as a conduit to find and connect with other Habs fans worldwide. He is also proud that Habs Tweetups have allowed fans to meet in person and develop long lasting friendships. .

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