Le Magazine All Habs avec Fantômes du Forum

Le mythe des joueurs québécois

By on juillet 12, 2013 in En Vedette with 4 Comments

par Simon Servant, Rédacteur, Le Magazine All Habs

ST-EUSTACHE, QC — Lors de la dernière semaine, les sagas Vincent Lecavalier, Kristopher Letang et Daniel Brière ont retenu l’attention dans les manchettes sportives québécoises. Les médias sociaux rugissent et plusieurs partisans ne jurent que pour une seule chose : le retour de bon nombre de joueurs québécois chez le Canadien.

Certains mentionnent, médias aidant, que plus il y a de Québécois au sein du tricolore, plus l’équipe aurait de chances d’exceller et même remporter la Coupe Stanley. Et dans la LNH, est-ce impérativement une condition pour aspirer aux grands honneurs?

Le but devrait tout simplement d’avoir la meilleure équipe sur la glace, peu importe la nationalité, mais à Montréal, il faut tout faire différemment.

Plus qu’un petit joueur

Avant d’entrer dans le vif du sujet, une semaine après la signature de Daniel Brière avec le CH, j’ai décidé de laisser la poussière retomber et livrer mes impressions sur cette acquisition.Brière

Tout d’abord, le contrat en tant que tel ne m’irrite pas du tout. Quatre millions par année, ça laisse beaucoup de marge de manœuvre à Marc Bergevin et deux saisons, c’est juste assez pour ne pas se lier les mains lors des prochaines renégociations de contrat.

Si on ne compte pas la saison écourtée qu’il vient de jouer, le petit attaquant avait encore du bon hockey dans le réservoir et pouvait offrir des saisons de 50 à 60 points. Malgré son petit gabarit, Brière n’a jamais eu peur du contact et a toujours joué comme un guerrier. Il n’a plus 20 ans, mais son talent demeure indéniable.

Il est aussi polyvalent et jouera probablement à l’aile, mais peut facilement prendre le relais au centre s’il y a quelques blessures et son expérience, tant en saison qu’en séries, sera profitable pour nos jeunes (plus particulièrement Gallagher). Il sera une menace sur l’avantage numérique et je m’attends à une saison d’environ 50 points.

Bref, je dois faire partie du 10 pour cent de gens satisfaits.

Un négatif plus un négatif

Pour revenir à l’essentiel du texte maintenant. Le marché des joueurs autonomes s’est ouvert vendredi dernier et avec les Lecavalier, Letang, Brière et Dupuis déjà signés, les Québécois libres comme l’air n’étaient pas très nombreux. Encore faut-il qu’ils soient attrayants.

De plus en plus, il y a moins de natifs de la belle province qui frôlent les glaces de la LNH et si par le passé il y avait les Mario Lemieux, Marcel Dionne, Raymond Bourque, Guy Lafleur ou Mike Bossy pour soulever les foules, les joueurs d’impacts québécois se font rares par les temps qui courent.

Pour moi, un joueur d’impact en est un qui contribue régulièrement – aussi dans les moments clés – qui travaille de façon acharnée à tous les matchs et qui montre du leadership au sein de son équipe. Des 60 Québécois qui ont joué au moins un match l’an dernier, je peux compter les joueurs d’impacts sur mes deux mains. Il y a évidemment Martin St-Louis, Kristopher Letang et Patrice Bergeron. On peut y ajouter le gardien Corey Crawford et en étirant la sauce encore plus, il est possible d’y insérer les Mike Ribeiro, Pierre-Alexandre Parenteau, Pascal Dupuis, Jason Pominville, Vincent Lecavalier et François Beauchemin. Pas de quoi ébranler les colonnes du temple.

Les partisans du tricolore auront beau faire des manifestations devant le Centre Bell, le fait d’avoir dix « plombiers » québécois n’augmente pas les chances de toucher au Saint-Graal et n’est pas plus intéressant que d’en avoir deux ou trois, mais deux ou trois importants. Surtout qu’ils ne sont pas légion. Rien contre les plombiers, mais j’espère que nous allons nous entendre sur le fait que pour remporter la Coupe, il est nécessaire d’avoir bien plus que des joueurs de caractère.

Il faut se rendre à l’évidence, le Québec a la cote en ce qui concerne les joueurs de deuxième ou troisième trio, mais pas pour les joueurs de premier plan. Du moins, pour l’instant. Il faut également prendre en considération que le Québec produit tout simplement moins de joueurs de hockey. Est-ce la popularité des autres sports, l’augmentation des joueurs européens, les coûts pour jouer ou un mélange des trois qui nuit au développement du hockey ici? Peut-être, mais il faut avouer nos torts en ce qui concerne le produit sur la glace.

Photo Adrien Veczan

Photo Adrien Veczan

Au retour du lock-out de 1994-95, 77 joueurs québécois avaient joué au moins le quart de la saison régulière. Ce nombre s’est maintenu pendant plusieurs années jusqu’à son déclin au retour du lock-out de 2004-2005. Lors des cinq dernières campagnes, c’est moins de 50 joueurs qui ont joué le quart de la saison. Du lot, on compte neuf joueurs de plus de 35 ans.

Disons que dans l’immédiat, bâtir une équipe composée de trois Québécois – parce que c’est ce que le Canadien pourrait présenter en octobre prochain – c’est déjà très bien. C’est au-delà de la moyenne de la ligue. De plus, c’est difficile de critiquer lorsque la relève est composée des Louis Leblanc, Gabriel Dumont, Charles Hudon, Michael Bournival, Zachary Fucale et Jérémy Grégoire. Se plaint-on le ventre plein?

Augmentation à prévoir

Parlant de relève, le dernier repêchage de la LNH a quand même réussi à redorer le blason  des joueurs québécois. Les 22 qui ont été repêchés le 30 juin dernier forment le plus grand total depuis 2003.

Pas moins de cinq en première ronde et neuf autres dans les deux suivantes. Sans affirmer qu’ils joueront tous un rôle primordial dans la grande ligue, il est logique de croire que plusieurs auront la chance d’évoluer dans la LNH et y performer.

Si le Québec souhaite ravoir ses lettres de noblesses, des jeunes joueurs comme David Perron, Jonathan Huberdeau, Derick Brassard et Kristopher Letang devront poursuivre leurs succès afin de servir de modèles et paver la voie à des joueurs comme Jonathan Drouin et tous les autres qui suivent. Il devrait y avoir une augmentation dans les prochaines années, car il y a quand même un bon nombre de jeunes qui tentent de se tailler un poste dans la LNH, mais en attendant, ce sera aux joueurs déjà présents de prouver qu’ils sont aussi bons que n’importe qui.

Hier encore j’avais 20 ans

Le nerf de la guerre des partisans de la Sainte-Flanelle, en ce qui a trait aux Québécois, c’est que la dernière fois que l’organisation a soulevé la Coupe Stanley, elle était bien garnie d’une douzaine d’entre eux. Évidemment, la comparaison se fait naturellement et souvent accompagnée d’un bon vieux : « Quand le CH a gagné la Coupe de 1993, il y avait plein de Québécois alors on devrait en rapatrier le plus possible pour la gagner de nouveau. »

Tout ceci pourrait être logique si la LNH n’avait pas tant évolué en 20 ans. Le Canadien avait beaucoup de joueurs québécois, mais pas n’importe lesquels. Outre le plus important, Patrick Roy, plusieurs ont eu des rôles vitaux afin que la troupe de Jacques Demers soit sacrée championne. Nous n’avons qu’à penser à Vincent Damphousse, Éric Desjardins ou même Guy Carbonneau et Benoit Brunet, dans un rôle plus défensif.

Maintenant, avec le cap salarial, le plus grand nombre d’équipes, la diminution des représentants du fleurdelisé et le marché des agents libres, le casse-tête devient tout simplement trop complexe pour qu’un directeur-général ne prenne le temps de s’attarder à la nationalité de ses joueurs.

Je veux quand même faire un petit parallèle avec les Penguins de 2009. Pittsburgh avait six Québécois dans sa formation – le plus haut total depuis 1993 – lorsqu’elle a remporté les grands honneurs. Même si ça n’assure pas un championnat, je serais de mauvaise foi si je ne disais pas que le fait d’en avoir quelques-uns n’empêche rien non plus.

Un seul objectif

J’imagine que ce que j’essaie de dire, c’est qu’il n’y a pas que les Québécois dans la LNH et qu’il est possible de bâtir une équipe championne sans en avoir un seul. L’objectif des partisans du bleu-blanc-rouge devrait être simple : remporter la Coupe Stanley.

C’est en s’éloignant de cet objectif et en prenant des décisions uniquement dans le but de satisfaire la fibre patriotique de certains que nos chaises pliantes accumuleront la poussière.

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About the Author

About the Author: Étudiant en communication à l'Université de Montréal, Simon est un passionné de sports qui rêve de devenir journaliste sportif. Souvent reconnu pour ses opinions tranchées, il peut aussi faire preuve de logique et d'objectivité. Maniaque de hockey, il a toujours son mot à dire sur son équipe favorite : Les Canadiens de Montréal et n'hésite pas pour analyser ce qui se passe dans l'équipe. De plus, Simon est aussi journaliste accrédité à la couverture de l'Armada de Blainville-Boisbriand, dans la LHJMQ // Communications student at the University of Montreal, Simon is passionate about every sport and dreams of becoming a sports journalist one day. Often known for his strong opinions, he can also be logical and objective. Hockey maniac, he always has something to say about his favorite team : The Montreal Canadiens and doesn't hesitate to analyze what's happening with the team. Also, Simon is covering as a journalist the Blainville-Boisbriand Armada team in the QMJHL. .

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There Are 4 Brilliant Comments

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  1. Louis Fournier dit :

    Comme plusieurs jeunes qui écrivent sur ce sujet, vous mettez faussement en opposition victoire et joueurs québécois. Comme si le CH ne pouvait pas gagner avec de BONS joueurs québécois. Car quand on souhaite davantage de Québécois à Montréal, on veut évidemment de BONS joueurs québécois, pas des deux de pique. Des bons joueurs comme Brière, par exemple. Et tous ces bons joueurs dont le CH s’est débarrassé bêtement et qui aideraient le club aujourd’hui : Beauchemin, Robidas, Ribeiro, Tanguay, etc.

  2. Simon Servant dit :

    @ Louis :

    Malheureusement pour vous, je ne mets pas d’opposition entre la victoire et les joueurs québécois. Ce que je fais, cependant, c’est montrer qu’une équipe n’a pas besoin d’en avoir pour gagner et qu’en plus, il n’y en a pas beaucoup d’attrayants.

    Le CH pourrait probablement gagner avec de BONS québécois… mais probablement n’est pas assurément…

    Parlant de vos BONS joueurs québécois, qui sont-ils?? Comme je le mentionne, il y en a plusieurs bons, mais il y a plusieurs plombiers aussi. Le CH en a laissé aller plusieurs et quelques uns se sont avérés de très bons joueurs ailleurs, mais rien ne peut prouver que le Canadien aurait eu une meilleure équipe.

    Le but de ce texte c’est justement de dire à des gens comme vous que Montréal en a déjà quelques québécois qui contribuent et que pour gagner la Coupe Stanley, ce n’est pas nécessaire.

    2013, Hawks = 1 Québécois
    2012, Kings = 2 Québécois dont un gardien #2 ayant joué 0 match.
    2011, Bruins = 1 Québécois
    2010, Hawks = 0 Québécois

  3. louis fournier dit :

    @ Simon : On a supprimé la première partie de ma réponse où je vous donnais notamment un lien avec une Liste des joueurs québécois et des joueurs francophones nés hors Québec dans la LNH, liste que je prépare à chaque saison. Cette liste indique que 65 québécois ont joué au moins un match dans la lNH la saison passée, et 31 joueurs francophons ou bilingues nés hors Québec, pour un grand total de 96 joueurs. Je vous référais aussi à un texte sur les 23 jeunes Québécois choisis lors du dernier repêchage. Ce n’est pas plaisant de discuter avec vous si on supprime des parties de mon commentaire.

    Vous me demandez : qui sont les bons joueurs québécois ? Question surprenante mais voici un bon début de réponse (j’espère qu’on ne me coupera pas encore) :

    http://legrandclub.rds.ca/profils/696649/posts/157962/public

    La raison principale pour laquelle le CH devrait avoir le maximum de BONS joueurs québécois et/ou francophones possible, elle est évidente : c’est qu’il est le seul club qui évolue dans un marché de hockey francophone et dans une nation de langue française en Amérique du Nord. Idéalement, le CH devrait être le club qui en aligne le plus grand nombre. Cela permet, entre autres, de développer chez les partisans d’ici un plus grand sentiment d’appartenance à l’équipe.

    Les meilleurs journalistes sportifs (Bertrand Raymond, Yvon Pedneault, Dany Dubé, François Gagnon, etc.) ont bien expliqué tout cela, depuis longtemps. Et tous les sondages à ce sujet montrent qu’une très grande majorité de Québécois (plus de 70@) souhaitent que le CH ait davantage de joueurs québécois.

    J’espère que vous faites partie de cette grande majorité, et non pas de cette petite minorité qui dénigre les joueurs de chez nous. L’important c’est de gagner, bien sûr, mais pourquoi le CH ne pourrait-il pas gagner avec le plus grand nombre possible de bons joueurs d’ici ?

  4. louis fournier dit :

    @ Simon : On a supprimé la première partie de ma réponse où je vous donnais notamment un lien avec une Liste des joueurs québécois et des joueurs francophones nés hors Québec dans la LNH, liste que je prépare à chaque saison. Cette liste indique que 65 québécois ont joué au moins un match dans la lNH la saison passée, et 31 joueurs francophons ou bilingues nés hors Québec, pour un grand total de 96 joueurs. Je vous référais aussi à un texte sur les 23 jeunes Québécois choisis lors du dernier repêchage. Ce n’est pas plaisant de discuter avec vous si on supprime des parties de mon commentaire.

    Vous me demandez : qui sont les bons joueurs québécois ? Question surprenante mais voici un bon début de réponse (j’espère qu’on ne me coupera pas encore) :

    http://legrandclub.rds.ca/profils/696649/posts/157962/public

    La raison principale pour laquelle le CH devrait avoir le maximum de BONS joueurs québécois et/ou francophones possible, elle est évidente : c’est qu’il est le seul club qui évolue dans un marché de hockey francophone et dans une nation de langue française en Amérique du Nord. Idéalement, le CH devrait être le club qui en aligne le plus grand nombre. Cela permet, entre autres, de développer chez les partisans d’ici un plus grand sentiment d’appartenance à l’équipe.

    Les meilleurs journalistes sportifs (Bertrand Raymond, Yvon Pedneault, Dany Dubé, François Gagnon, etc.) ont bien expliqué tout cela, depuis longtemps. Et tous les sondages à ce sujet montrent qu’une très grande majorité de Québécois (plus de 70@) souhaitent que le CH ait davantage de joueurs québécois.

    J’espère que vous faites partie de cette grande majorité, et non pas de cette petite minorité qui dénigre les joueurs de chez nous. L’important c’est de gagner, bien sûr, mais pourquoi le CH ne pourrait-il pas gagner avec le plus grand nombre possible de bons joueurs d’ici ?

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